Vincent Torino n’était pas censé rentrer chez lui ce soir-là.
Sa réunion s’était terminée plus tôt, et il pensait surprendre sa famille. Mais à peine entré dans sa chambre, une main se plaqua sur sa bouche et le tira brutalement dans le dressing.
— Ne faites aucun bruit, murmura Elena, sa domestique.
À travers l’ouverture de la porte, Vincent vit trois hommes armés fouiller sa chambre. L’un ouvrait les tiroirs, un autre inspectait le tableau derrière lequel se trouvait son coffre.
— Ils vous attendent depuis vingt minutes, souffla Elena. Ils pensent que vous êtes encore dehors.
Vincent sentit son sang se glacer. Personne ne pouvait entrer dans sa propriété sans autorisation. Quelqu’un les avait donc laissés passer.
Puis une voix résonna.
— Fouillez encore. Il aurait déjà dû être là.
Vincent la reconnut aussitôt.
Marcus.
Son neveu.
Après la mort de son frère, Vincent l’avait élevé comme son propre fils. Il lui avait appris les affaires, lui avait confié sa confiance, et pensait même lui laisser une partie de son empire.
Mais ce soir-là, Marcus était venu pour le trahir.
— Il garde les vrais documents ailleurs, dit Marcus. On le garde vivant jusqu’à ce qu’il parle.
Elena serra la manche de Vincent.
— Il y a une chose que vous ignorez. Votre frère savait que Marcus était dangereux. Avant de mourir, il m’a demandé de vous protéger.
Vincent la regarda, stupéfait.
Sous son uniforme noir, Elena portait une arme.
Lorsque les pas se rapprochèrent du dressing, elle murmura :
— Derrière le miroir, il y a un passage. Courez quand je vous le dirai.
Vincent n’avait jamais parlé de ce passage à personne.
— Comment le savez-vous ?
— Votre frère me l’a confié.
La porte du dressing s’ouvrit brusquement.
— Maintenant ! cria Elena.
Vincent poussa le miroir, entra dans le passage secret et déclencha l’alarme silencieuse. Quelques minutes plus tard, ses hommes encerclaient la maison.
Marcus fut arrêté dans la chambre même où il avait préparé son piège.
Avant d’être emmené, il lança :
— Tu aurais dû me donner l’empire.
Vincent répondit calmement :
— Je voulais te donner une famille.
Puis il se tourna vers Elena.
Pendant trois ans, il l’avait à peine remarquée. Cette nuit-là, elle lui avait sauvé la vie.
Et dans une maison pleine de traîtres, elle était devenue la seule personne en qui il pouvait encore croire.